La Société rurale sous la Révolution : permanences et mutations

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La Société rurale sous la Révolution : permanences et mutations

Message  Admin le Mar 27 Sep - 20:57

Alors qu’on a tendance à étudier la révolution française plutôt comme une révolution parisienne, ce sujet nous amène à analyser cette révolution à l’échelle nationale, en se focalisant sur la société rurale, qui représente encore en 1789 plus des 3/4 de la population. Nous allons donc tenter de comprendre en quoi le monde rural a été un acteur de cette révolution. Et également d’analyser les conséquences de cette période pour la société rurale.
Pour ce faire, nous allons suivre un plan chronologique. Après avoir étudié la société rurale et la première révolution, c’est-à-dire celle de 1789, nous tenterons d’expliquer les ruptures engendrées par la seconde révolution, qui voit l’instauration de la république le 20 septembre 1792.

I) La société rurale et la première révolution (1788-1791)

a) le monde rural à la veille de la révolution

La société rurale sous l’ancien régime se caractérise par le poids du « complexe féodal » hérité du Moyen-Age. Ce système consacre la prédominance de la noblesse et du clergé, et la soumission d’une majorité de paysans. Ainsi, les deux ordres privilégiés possèdent la majeure partie des terres. La noblesse a le monopole des moyens de production (moulin, …) et fait régner la justice. Le clergé reçoit la dîme. Mais le Tiers-Etat rural se compose également d’artisans, de pêcheurs, chasseurs, et d’une bourgeoisie agraire, qui rompt déjà avec le système féodal classique.
A la veille de la révolution, la société rurale reste donc en grande partie archaïque. Elle se situe loin de la vision des Lumières, notamment comme on la retrouve dans l’Encyclopédie. Cette vision du paysan libre, propriétaire de la terre et de son outils de travail, contraste fortement avec une réalité où le servage, bien que marginal, perdure encore.
Le contexte économique des années 1780 se caractérise par une longue crise viticole qui touche notamment l’Aquitaine. Mais une succession de mauvais été va conduire dès 1788, à une crise frumentaire. L’été 1788 est particulièrement difficile et va amener à une pénurie dès le début de l’année 1789. Dans ce contexte de crise économique (mais aussi politique et financière) le roi est contraint de convoquer en août 1788 les Etats Généraux, qui doivent avoir lieu en mai 1789.

b) des cahiers de doléances à la suppression des privilèges

La décision du roi permet aux campagnes de s’exprimer par l’intermédiaire des cahiers de doléances. Au nombre de 40 000, ils marquent une première étape vers la révolution en faisant des campagnes, et donc du Tiers-Etat rural, un acteur politique. Les hommes de plus de 25 ans et payant un impôt peuvent ainsi exprimer leurs désaccords avec le régime. Il en ressort que l’immense majorité de la société rurale souhaite la fin du système féodal. Néanmoins, un seul représentant du Tiers-Etat aux Etats Généraux est issu du monde rural. La société rurale est ainsi mise hors-jeu des évènements qui se déroulent à partir de mai à Versailles.
Mais cette société rurale isolée des grands événements politiques va connaitre sa révolution suite à l’annonce de la prise de la Bastille. Cette nouvelle, qui se répand dans le royaume en quelques jours, amène avec elle une vague de rumeurs, qui se transforme bientôt en une véritable terreur. Face à la menace, prétendue, de bandes pillardes, les paysans s’arment. Ils forment parfois des bandes armées de plusieurs centaines d’individus, et fort de leur nombre, s’attaquent aux domaines des nobles. Cette vague de panique qui touche presque toute la France devient très vite incontrôlable. L’Assemblée Nationale, sous la contrainte des événements, décide alors de mettre fin au système féodal. L’abolition des privilèges est proclamée dans la nuit du 4 août.
Cette décision marque un changement considérable qui va amener à un nouveau partage agraire. Cependant, l’abolition de la féodalité n’est encore que partielle ; les droits « réels » étant rachetables. L’abolition définitive est votée le 17 juillet 1793 par la convention Montagnarde.

c) le nouveau partage terrien

« La première république nous a donné la terre, la deuxième le suffrage, la troisième le savoir ». (Jules Ferry)
L’abolition des privilèges entraine la nationalisation des terres du clergé et de la noblesse. L’Assemblée Nationale organise alors très vite la vente de ces « biens nationaux », dans le but de remplir les caisses de l’Etat. A cela s’ajoute la vente des biens communaux qui entraine notamment la privatisation de nombreux espaces forestiers.
Ce nouveau partage agraire favorise en fait la bourgeoisie urbaine et les paysans riches, possédant déjà des terres auparavant. En effet, la grande majorité des paysans n’a pas les moyens de se procurer des terres. Des associations de paysans sont créées mais restent marginales. Globalement, le nombre de propriétaires terriens a augmenté mais une importante part de la paysannerie reste marginalisée. De plus, ces paysans pauvres ne peuvent plus compter sur les terres prêtées par l’Eglise. Ceci a pour conséquence une montée de la pauvreté et de l’insécurité dans de nombreux espaces ruraux.
Enfin, il est important d’évoquer également la création des communes et départements, entités laïques, qui mettent fin aux comtés, duchés, et autres division féodale. Surtout, la concurrence nouvelle entre la paroisse et la commune va soulever de nouveaux enjeux identitaires.

La révolution de 1789 marque donc des améliorations considérables en mettant fin au système féodal et en donnant la citoyenneté aux dominés de l’ « Ancien régime ». Surtout, l’ensemble de la société rurale soutient le processus révolutionnaire qui a engendré la monarchie parlementaire. Cependant, la radicalisation des événements va mettre fin à l’homogénéité du monde rural.

II) L’éclatement de la société rurale face aux nouveaux enjeux liés à la 2nde révolution

a) les problèmes économiques et financiers faces à la guerre extérieure

Pour permettre la vente des biens nationaux, et face à des réserves monétaires vides, le gouvernement est contraint de mettre en circulation des assignats. Ceux-ci se répandent sur l’ensemble du territoire à partir de 1790. Cependant, la surimpression de ce papier-monnaie lui fait perdre peu à peu toute crédibilité, ce qui conduit à une forte inflation dès 1791. Cette volatilité des assignats, à laquelle s’ajoutent les mauvaises récoltes de l’été 1791, conduit à une hausse des prix du blé et à une nouvelle crise des substances au printemps 1792. De nombreuses révoltes frumentaires ont lieu et des bandes pillardes ,« les taxateurs », se forment, notamment dans le midi.
C’est dans cette situation de crise économique que l’Assemblée Nationale déclare la guerre, le 20 avril 1792, à la coalition européenne. L’effort de guerre entraine alors des réquisitions plus ou moins systématiques dans les campagnes. Les ruraux, qui se situent loin du front, acceptent mal de se voir priver du peu de récolte qu’ils possèdent, ainsi que de leurs élevages.
Pourtant, la situation économique n’est pas à l’origine de la division de la société rurale. Celle-ci est plutôt la conséquence de la politique de déchristianisation menée à Paris.

b) la question religieuse et la division du monde rural

Avant d’évoquer la question religieuse, il faut remarquer une rupture culturelle majeure entre l’élite politique, les membres de l’assemblée nationale puis de la convention, et l’immense majorité de la société rurale. En effet, la bourgeoisie parisienne est profondément influencée par les idées nouvelles des Lumières. Elle souhaite vulgariser ses idéaux et changer les mœurs des ruraux, considérées comme archaïques. La masse rurale n’a, quant à elle, pas connu cette révolution des idées et reste profondément attachée aux traditions locales. D’où une incompréhension croissante entre le pouvoir décisionnelle et la société rurale, illustrée par l’échec du Code rural de 1791.
La question religieuse pousse cette fracture culturelle à son paroxysme. La constitution civile du clergé du 12 juillet 1790 marque en cela un tournant. Cette nationalisation de l’Eglise Catholique française, rejetée par le pape en mars 1791, entraine la division du Clergé. D’un côté ceux qui restent fidèles au pape, les « réfractaires », et de l’autre ceux qui prêtent serment à la constitution, les « jureurs ». Or, cette division n’est pas homogène sur l’ensemble du territoire : certaines régions sont clairement « réfractaires » alors que d’autres sont en grande majorité en faveur de la constitution. Les prêtres réfractaires sont pourchassés, il n’ont plus le droit de donner la messe. Les populations de l’ouest et du midi restent très attachés à leurs prêtres et ne supporte pas cette atteinte à une liberté qui leur est fondamentale : la liberté de culte.
Cette rupture religieuse devient peu à peu une rupture sociale et politique. D’un côté, on retrouve ceux qui sont en accord avec les principes de la nouvelle république, qui participent à l’effort de guerre. De l’autre, ceux qui ne se retrouvent plus dans ces principes et se sentent opprimés par le régime. Ainsi, on observe dès la fin de l’année 1792, des zones de fractures géographiques entre ces deux tendances.

c) la division politique du monde rural

La mort du roi le 21 janvier 1793 marque un point de non-retour pour les campagnes hostiles à la politique de la jeune république. Mais c’est la levée de 300 000 hommes, décrétée par la convention le 27 février 1793, qui déclenche une insurrection générale dans l’ouest et dans le midi.
Alors que les armées républicaines parviennent très vite à rétablir l’ordre en Bretagne et dans le midi ; les événements vendéens prennent une tournure plus dramatique. Les insurgés s’organisent avec une extraordinaire rapidité, nomment des chefs (principalement des nobles) , et parviennent à former « la grande armée catholique et royale ». La « Vendée militaire », unité artificielle ( pas de liens culturels entre les ruraux du Poitou, de l’Anjou ou du pays de Retz), créée par la guerre ; devient alors « l’ulcère » de la république, justifiant une radicalisation de la politique menée par la convention. C’est l’époque de « la Terreur ». La chute de Robespierre le 28 juillet 1794 met fin à cette période noire de la révolution. Il faut attendre pourtant encore deux années pour que le conflit dans l’ouest prenne fin.



Conclusion :
Si la révolution a eu pour objectif de rassembler la Nation française, il s’avère qu’une de ses conséquences a été de créer de nouvelles fractures au sein de l’espace national.
Une fracture entre une société rurale intégrée à cette Nation, qui a su s’adapter aux nouveaux défis de la révolution ; et des espaces ruraux marginalisés, comme l’ouest, saccagé par plusieurs années de guerres civiles.
Une fracture entre monde rural et urbain, que la révolution, héritière des Lumières, a inéluctablement provoqué. Si dans l’ouest, les campagnes étaient « blanches » et les villes étaient « bleues » ; la rupture ne s’arrête pas là. La fin de la féodalité et la concentration des pouvoirs a permis à la ville, à Paris, de détenir le monopole de l’exercice du pouvoir politique. Le pouvoir devient ainsi transcendant, et les campagnes se retrouvent marginalisées politiquement. Socialement, la révolution n’a pas réduit l’écart de pensée entre les campagnes et les villes. Les villes deviennent ainsi au XIXè siècle le lieu d’innovation que ce soit dans l’art, dans les idées, … Enfin, cette prédominance de la société urbaine, incarnée par la classe montante de la bourgeoisie, conduit au XIXè siècle à une rupture économique avec la révolution industrielle. La révolution pose ainsi les bases d’un long XIXè siècle, d’un siècle des villes.

Bibliographie :
Histoire de la France rurale, tome 3. De 1789 à 1914, sous la direction de Georges Duby et Armand Wallon, 1976, 560 pages
Les paysans dans la société française, De la révolution à nos jours, Annie Moulin, 1988, 316 pages
La Révolution française et l’Empire, Une France révolutionnée ( 1789-1815), Hervé Leuwers, 2011, 276 pages, édition licence
Les guerres de Vendée, André Montagnon, 1974, édition académique Perrin, 414 pages
Ressource numérique :
« La Révolution française », article de l’Encyclopédie Universalis, 42 pages

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